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Eculugìa

20/04/2009

Déchets ménagers : ces billets de banque que l'on brûle !!


Ce 17 avril, Dany Dietmann, maire de Manspach en Alsace est venu à l’invitation du Collectif contre l’incinérateur exposer à la Corse son expérience en matière de traitement des déchets ménagers. On rêve de voir le Syvadec inviter ce genre de personnalités à parler devant les élus insulaires…



 

 

Manspach, 600 habitants, une petite commune mais une expérience ô combien intéressante, menée à l’échelle de la communauté de communes de la Porte d’Alsace qui en regroupe 33 et comptabilise quelque 14.500 habitants. Dany Dietmann explique le plus simplement du monde comment ils ont voulu « sortir de la dictature de l’incinération » en matière de traitement des déchets ménagers, et s’orienter vers une « évolution durable » pour répondre au terme devenu galvaudé de « développement durable ». Le déchet non pas comme un rejet de la société, à brûler ou à enfouir, mais comme un produit à même de dégager de la valeur et de l’activité. C’est un des grands défis de notre société si l’on ne veut pas crouler sous les détritus et tuer la planète avec ! Dany Dietmann illustre son propos d’images et de symboles tellement parlants ! Ainsi l’écureuil qui pour manger le noyau de la pêche, jette la pulpe… et l’homme qui après avoir mangé la pulpe jette le noyau… la nature a bien fait les choses pour gérer ses équilibres-là ! Mais c’est l’activité et maintenant la suractivité humaine qui ont fait que les équilibres sont rompus et que l’on assiste à ces aberrations qui font que pour se débarrasser d’un « produit » qui a de la valeur et que l’on jette, on paie ! Et de rappeler cette image de Gainsbourg à la télévision il y a quelques années qui avait oser brûler un billet de banque… incinérer des déchets ce n’est rien d’autre que ça : brûler de l’argent, une richesse réelle, alors que la valorisation matière représente en France un gisement potentiel de quelques 350.000 emplois ! Alors que la tonne d’Aluminium se rachète sur le marché à 900 euros, celle du plastique à 235 euros, le carton à 108 euros ou encore les journaux à 300 euros ! Sans parler du coût même d’un incinérateur, environ 100Md’euros pour une capacité de 100.000 tonnes, soit pour une collectivité, un endettement de 20 ans ! Une aberration économique, qui fige tout autant pour 20 ans au moins les progrès qui pourraient être fait dans le sens d’un meilleur tri ou de la mise en place de mode de traitement alternatif. Bref, on marche vraiment sur la tête ! Une fois en effet entré dans la spirale de l’incinérateur, il faut rentabiliser. L’incinérateur de Mulhouse, pour cela, se voit contraint d’importer quelque 30.000 tonnes de déchets annuels pour parvenir à « faire manger » son monstre. Ainsi encore la Suisse en 2008 a dû importer 348.000 tonnes de déchets pour faire fonctionner ses incinérateurs ! Sans parler des résidus d’incinération, les fameux mâchefers, tout aussi toxiques et concentrés de dioxine que les fumées nocives…

L’intéressante expérience alsacienne
Nos amis alsaciens ont de la rigueur et aime leur pays ! À la communauté de communes de la Porte d’Alsace, le procédé mis en place est au demeurant très simple, pas contraignant pour l’habitant, ni d’ailleurs pour la collectivité. Qu’on en juge :
- pour les déchets valorisables, la collecte est faite au porte à porte, au moyen de sacs transparents, de manière hebdomadaire pour les emballages, les papiers et cartons ; mensuelle pour les métaux ; et par apport volontaire en des points précis pour le verre, les encombrants, les piles et déchets toxiques, les huiles de moteurs, les pneus, les déchets verts et les équipements électriques ou électroniques.
- pour les déchets non triés, la collecte est aussi faite au porte à porte, en fonction des besoins de l’habitant qui sort sa poubelle une fois qu’elle est pleine. Celle-ci est équipée d’une puce électronique, lorsqu’elle est récupérée par le camion-benne, la puce transmet le nom du propriétaire, le poids précis des déchets non triés et la date de la collecte. La facture s’établira à partir de ces données, plus le tri est fait, moins on paie ! C’est ce qu’on appelle le système de pesée-embarquée.
Pour les habitants en résidence, et pour ne pas avoir à payer le déchet du voisin, des parcs à poubelles fermés à clé, avec des poubelles également fermées à clé sont prévus (lorsqu’on vous dit que le déchet est un trésor !) Mieux encore, une plateforme de déballage est prévu au supermarché, si bien que le consommateur ne repart qu’avec le produit qu’il a acheté et se débarrasse à la sortie du magasin des emballages inutiles. De même encore, un système de compostage individuel pour ceux qui possèdent un jardin, ou collectif pour ceux qui n’en ont pas, est aussi en place.
Le slogan de la communauté de communes ? « Plus tu tries, mieux tu tries, moins tu paies ! » On ne peut être plus clair ! Quant aux résultats, le coût moyen en France de la collecte et du traitement des déchets revient à 89 euros par habitant. Il est de 56 euros pour les habitants de la Porte d’Alsace.

La valorisation énergétique c’est le contraire de la valorisation matière
Le 16 avril dernier, le Collectif contre l’incinérateur interpellait l’Assemblée de Corse en découvrant avec effarement que le « nouveau » Padduc comportait toujours l’option de « valorisation énergétique » dans ses textes (lire Arritti de la semaine dernière). Jérôme Polverini, pour l’Office de l’environnement, a répondu que cette « valorisation énergétique » se ferait par thermolyse, pyrolyse ou gazéification…
Arritti reviendra plus en détail sur ces procédés pour en expliquer toute la nuance. Ce qu’il faut retenir c’est que les procédés de thermolyse ou de pyrolyse ne sont généralement pas utilisés pour les déchets ménagers, mais sur des déchets homogènes de type biomasse (pour la fabrication du bois par exemple). Pour l’Ademe, « ces procédés appliqués au traitement des déchets ménagers doivent être considérés comme des procédés nouveaux qui nécessitent encore des développements industriels importants ». Ce sont des procédés thermiques, qui produisent un résidu, et qui présentent « un coût au moins égal à celui de l’incinération » dit encore l’Ademe pour ce qui est de la thermolyse, sans exclure « un surcoût inhérent à tout développement de procédés nouveaux »… « Les retours d’expérience montrent qu’il faut être prudent du fait de problèmes techniques importants» insiste l’Ademe.
Même chose pour la pyrolyse ou la gazéification dont les expériences industrielles ne traitent pour l’heure que les déchets industriels solides, les boues de station d’épuration, la biomasse… très peu d’expériences nous reviennent quant au traitement des ordures ménagères. Sans compter comme il est dit plus haut, la perte de valeur même de ce déchet-produit qu’on veut voir disparaître ! Le tri-valorisation-matière sur de petites unités régionales reste bien la solution la plus adaptée pour la Corse qui a perdu beaucoup de temps. Elle est moins coûteuse et moins polluante (transports des déchets vers une seule unité) et plus rapide à mettre en œuvre. Pourquoi donc se compliquer la vie ?

Fabiana GIOVANNINI
(article paru dans Arritti)

Zéro déchet
Chaque habitant en France produit 250 à 500 kg de déchets par an. Parmi ces déchets on trouve :
- 29% de fermentescibles
- 25% de carton
- 18% de textiles
- 13% de verre
- 11% de plastique
- 4% de métal.
En fait tout est recyclable ! On n’écarte généralement que les déchets trop souillés. Tendre vers la civilisation « zéro déchet » n’est donc pas une utopie. C’est d’ailleurs un programme d’action mis en oeuvre le plus sérieusement du monde dans de nombreuses régions du monde (le Comté d’Essex en Grande Bretagne, les lands de Bade Wurtemberg, Saxe ou Sarre en Allemagne…), de grandes villes (Seattle, San Francisco, Del Norte, Santa Cruz…) ou des Etats comme le Canada, la Nouvelle Zélande, la Californie... Mais aussi de grandes firmes comme Walt Disney Company qui l’annonce encore récemment. Cela consiste à améliorer non seulement toutes les étapes du traitement des déchets mais, surtout, de réduire leur production. Le terme « Zéro Déchet » illustre toutes les actions de la conception d’un produit à sa consommation. C’est un programme par étapes, concrètes, chiffrées, parfaitement réalisables. C’est dire encore combien imaginer de brûler un déchet, que ce soit par l’incinérateur, la thermolyse ou la pyrolyse, c’est stupide, coûteux, polluant, et dilapidateur d’argent public !